Molière
Voici la critique de "Molière" le nouveau film de Laurent Tirard, ancien journaliste à "Studio" et auteur de "Mensonges et trahisons (et plus si affinités)". Présentation.

Synopsis : En 1644, Molière n'a encore que vingt-deux ans. Criblé de dettes et poursuivi par les huissiers, il s'entête à monter sur scène des tragédies dans lesquelles il est indéniablement mauvais. Et puis un jour, après avoir été emprisonné par des créanciers impatients, il disparaît...
Entreprise ambitieuse que celle de s’essayer à la biographie d’un homme aussi célèbre et respecté dans le milieu littéraire que Molière. Entreprise « casse-gueule » je dirais même. Laurent Tirard ne partait donc pas avec des facilités mais son film se présentait plutôt comme un défi à relever. Que l’on ne s’y trompe pas pour autant : le film n’est pas une biographie de Molière mais un récit imaginaire, une pure fiction envisageant sous un angle originale ce qui serait advenu à Molière suite à son emprisonnement pour dettes. Et c’est sous cet angle qu’il fait aborder le film sous peine d’être déçu par son contenu.
Molière est donc un film d’époque (genre inégal en France dont le leader et seul maître incontesté est Jean-Paul Rappeneau) sur fond de comédie. On se retrouve donc devant une sorte de melting-pot des œuvres de Molière à la sauce Laurent Tirard qui en retire une comédie légère et franche non dénuée d’émotion. Le scénario sans être un modèle d’efficacité se suffit bien à lui-même et certains dialogues sont succulents. La mise en scène se fait transparente, trop peut-être, au point d’en être trop classique et sans grand enjeu.
La véritable force du film tient dans son interprétation. On y retrouve un Romain Duris au top incarnant avec brio Molière dans toute sa complexité et nous livrant des moments de pure performance d’acteur. Aucun doute, Duris est un acteur sur lequel il faut compter. Fabrice Luchini est fidèle à lui-même, avec un fort potentiel comique quasi théâtral (ce qui est un comble) mais sans jamais tomber dans le cabotinage. Laura Morante confirme son statut, livrant une performance juste et haute en couleurs. Edouard Baer est comme toujours hilarant avec cette touche de nonchalance qu’on lui connaît.
Seule ombre au tableau Ludivine Sagnier qui est une actrice que j’adore mais qui ici semble être totalement à côté du personnage. Est-ce dû à une mauvaise direction ou alors à elle ? Je ne saurais vous le dire, mais je ne l’ai pas vu jouer aussi mal depuis ses débuts et c’est bien regrettable. Il reste que Molière reste au final une comédie française originale et attrayante menée tambour battant et portée par un ensemble d’acteurs au top. Un vrai plaisir de divertissement.