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Rétrospective

Bonjour à tous,

 

Depuis quelques semaines déjà a lieu une rétrospective dédiée au cinéma coréen à la filmothèque du quartier latin. Vous pouvez en découvrir le programme sur leur site internet. J’ai eu la chance de pouvoir m’y rendre à deux reprises malgré mon planning chargé. Voici un petit compte-rendu de ces séances.

 

« L’île » de Kim Ki-Duk

 


J’ai pu découvrir pour la première fois, et sur grand écran en prime, un des chefs-d’œuvre de Kim Ki-Duk, à savoir « L’île ».

Le film conte l’histoire de la belle et fantomatique Hee-jin (Suh Jung) qui s'occupe d'îlots de pêche au beau milieu d'un site naturel idyllique. Silencieuse, elle accueille les clients et survit en vendant de la nourriture et des boissons. Elle se prostitue occasionnellement.Un jour, Hyun-shik (Kim Yoo-seok), un homme plus désespéré que les autres, débarque sur cet îlot. A la ville, il a tué sa femme et cherche dorénavant un endroit pour disparaître et oublier sa peine. La souffrance de cet homme intrigue Hee-jin.


J’ai ressenti un grand choc esthétique devant ce film. Kim Ki-Duk y réaffirme son sens exacerbé de la mise en scène, qui n’a cesse de parcourir son œuvre depuis ses débuts. On retrouve des cadrages millimétrés, d’une grande rigueur et expressivité, comme bien souvent chez le réalisateur. Ici les personnages principaux ne parlent pas, ou peu. Et ce n’est que justesse car il n’y a parfois point besoin de mots, les expressions corporelles et faciales, ainsi que le pouvoir de l’image et des sons contribuent à créer et animer un univers unique.

 

L’île est une sorte de conte cruel indéfinissable dont les scènes de violence crue ne laisseront personne indifférent. Mais entendons-nous bien, cela n’est point péjoratif, au contraire, car Kim Ki-Duk sait aménager ses effets et il résulte de ces scènes une étrange poésie douce-amère et de beaux accès d’humour noir. Une chose est sûre, on ne s’ennuie pas un seul instant malgré le rythme relativement contemplatif du film.



 

Stanley Kubrick déclarait il y a quelques années que selon lui, un film parfait serait un film où tout nous serait conté par la musique et les images. Un grand film qui pourrait donc se passer de dialogues et qui baserait son expressivité et ses vecteurs d’émotion dans l’emploi avancé et original de la grammaire cinématographique. Nul doute que Kim Ki-Duk tend vers cette perfection : « L’île », « Locataires », « Time »… Que nous réservera-t-il avec « Dream » ?

 

« Old Boy » de Park Chan-Wook

 

Deuxième séance suivie lors de cette rétrospective, et non des moindres, puisque je suis allé revisionner « Old Boy » sur grand écran. Ce qu’il y a de magique avec ce film c’est que malgré le fait que l’on sache ce qu’il va se passer à l’avance, car on connaît déjà le film, on se laisse pourtant happer et on ressent profondément les mêmes émotions que la première fois qu’on l’a découvert et avec presque la même intensité. C’est à n’en pas douter, la marque des chefs-d’œuvre, et « Old Boy » n’a pas à y prouver son appartenance.



 

Mais cette séance avait une particularité fort intéressante puisqu’elle se déroulait dans le cadre d’un hommage rendu à Choi Min-Sik, acteur principal du film cité ci-dessus. En cette occasion unique, et aussi car une rétrospective lui était conjointement consacrée à Lyon, Choi Min-Sik était présent à Paris pour venir à l’encontre de ses fans, qui sont très nombreux (le nombre de fan boys présents était très impressionnant !). Suite à la projection, un débat s’est déroulé entre l’acteur et son public.

 

La première chose qui nous frappe en rencontrant Choi Min-Sik, c’est à quel point il correspond à l’image que l’on se fait de lui : sympathique, jovial, humble et très accessible. Il est proche de son public et répond avec sérieux mais non sans quelques pointes d’humour aux diverses questions des spectateurs peu importe leur teneur (certaines questions étaient provocatrices ou étranges…). 

 

 

Pendant près d’une heure et demie, l’acteur nous a confié son parcours, ses envies pour l’avenir, tout en restant assez discret sur ses prochains projets et en abordant aussi des sujets délicats tels que la question des quotas ou bien encore des relations entre Corée du nord et du sud.

 


Suite à une question portant sur ses acteurs occidentaux préférés il précisera son admiration pour Al Pacino et Yves Montand dont il salue et admire l’incroyable gamme d’expressions faciales. L’acteur, intarissable, sera finalement gentiment interrompu par ses accompagnants, parmi lesquels on retrouvait Im Sang-Soo, en repérages à Paris pour son prochain film et auquel la filmothèque rend aussi hommage.


 

A l’issue du débat, Choi Min-Sik s’est prêté avec beaucoup de patience et de sympathie au jeu des photos et autographes, mais malheureusement les demandes étant nombreuses, il partira avant que nous n’ayons pu tous avoir un contact avec lui. Qu’importe, cette magnifique rencontre restera à coup sûr gravée dans nos esprits pour longtemps.


PS : Un grand merci à Pierre pour m'avoir gracieusement autorisé à publier ses photos de la soirée.

Bonjour à tous !

 

J’inaugure sur ce blog une nouvelle rubrique nommée « Rétrospective » qui sera l’occasion pour moi de revenir sur des chefs-d’œuvre du cinéma et ainsi vous les faire découvrir ou redécouvrir. Aujourd’hui, retour sur la Palme d’or 2003 : « Elephant » de Gus Van Sant.

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20 avril 1999. L’Amérique est sous le choc. Deux lycéens ont opéré un massacre à Columbine, tuant une quinzaine de leurs camarades. Les explications pleuvent pour tenter de justifier l’inexplicable. L’évènement « Columbine » marquera les consciences de manière collective et de façon internationale. En 2002, le trublion Michael Moore s’y attaque dans « Bowling for Columbine ». Prenant pour base l’évènement, il s’appuie dessus afin de mener une enquête plus globale sur la violence provoquée par les armes à feu aux Etats-Unis, cherchant ainsi à se baser sur des évènements concrets pour une nouvelle fois expliquer ce qui restera inexplicable, de trop nombreuses hypothèses étant avancées.

 

2003. Gus Van Sant s’appuie sur le « massacre de Columbine » et sur un téléfilm d’Alan Clarke « Elephant » pour constituer la base de son nouveau film intitulé lui aussi « Elephant » en hommage à l’opus d’Alan Clarke (un inédit, présent sur le DVD collector d’ « Elephant » version 2003 dispo aux éditions MK2 et qui vaut le détour). Suite à sa sélection en compétition officielle au festival de Cannes, « Elephant » y remporte la Palme d’or et le prix de la mise en scène tout en faisant l’unanimité. Gus Van Sant vient de signer un chef d’œuvre qui en a bouleversé plus d’un, à juste titre. Je vous propose donc de revenir un peu plus en profondeur sur ce film et d’analyser quelques unes de ses caractéristiques.

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Le film s’ouvre sur un long plan-séquence nous présentant un ciel qui s’obscurcit, un orage qui monte, métaphore de la tragédie à venir. Mais au contraire de Michael Moore qui s’attachait, par le biais du documentaire, à des choses concrètes en tentant de définir les causes de cet évènement tragique, Gus Van Sant choisit une certaine abstraction et se tourne du côté de l’art pour y puiser une vision subjective et originale. Ainsi, le parallèle avec le massacre de Columbine bien que reconnu par le cinéaste n’est pas si clair car le nom du lycée et de la ville où se déroule l’action du long-métrage ne sont jamais cités.

 

Gus Van Sant effectue un travail purement cinématographique en se réappropriant l’évènement par l’art, presque en le digérant, pour un rendu bien loin de toute logique inutile. Il ne s’agit pas ici d’intellectualiser en vain mais bel et bien de ressentir. Dans cette optique, le réalisateur effectue un travail remarquable sur les deux composants essentiels qui se trouvent à la  base du rendu de toute image cinématographique : l’espace et le temps. Leur gestion est ici remarquable. D’un côté l’espace : Gus Van Sant laisse ses personnages évoluer dans de longs couloirs (qui peuvent évoquer le couloir de la mort et donc l’issue tragique et inéluctable de l’évènement), qui forment presque un gigantesque réseau labyrinthique dans lequel les personnages se perdent et ce de différentes manières possibles (je pense à la perte de soi, la perte de repères, de la perte dans un lieu…).

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Ce traitement spécifique et relativement neutre (en apparence uniquement) trouve son écho dans la mise en scène de Gus Van Sant qui suit ces adolescents en accomplissant de longs travellings au steadycam le plus souvent juste derrière eux, plaçant ainsi le spectateur dans une position d’observateur qui n’est pas sans évoquer celle d’un ange gardien protecteur qui serait condamner à regarder le personnage marcher vers sa mort tout en étant en position de totale impuissance. Ceci crée bien sûr une grande empathie envers les personnages et ne fait que renforcer l’impact émotionnel qu’à la représentation  âpre et violente de la tragédie qui s’en suit. 

 

De l’autre côté, Gus Van Sant opère un travail sur le temps. Il multiplie les points de vue, faisant se croiser les chemins des divers protagonistes se permettant des allers et retours temporels qui loin de nous perdre, enrichissent considérablement le récit. Le temps de la diégèse s’en trouve dilaté du fait de cette répétition, qui n’en est pas tout à fait une. Notre impression de lent cheminement vers la mort n’en est que plus renforcée, on se rend compte à ce moment que la situation nous mènera à une issue fatale et inéluctable. L'utilisation périodique du ralenti sert également à fixer l'intensité du moment vécu par les personnages.

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L’effet n’en est que plus puissant du fait de son association à de lents mouvements de caméra très fluides et à de longs plans-séquence qui accentuent l’impression de réalité (si vous ne voyez pas pourquoi, les réponses sont présentes dans l’article « Montage interdit » d’André Bazin) et donnent une sensation d’hypnose, de temps qui se suspend avant que son cours ne soit rattrapé par les évènements qui suivent.

 

Gus Van Sant n’oublie pas pour autant de retracer le parcours des tueurs mais sans cependant les juger ou être fasciné par eux ce que la violence et la manière âpre de filmer le massacre confirme. Par ailleurs, il ne justifie pas leur acte mais ne se refuse pas à disséminer des pistes d’explications possibles qui, à force de se multiplier, ôtent justement toute possibilité de justification. De toute manière ce n’est pas ce qui intéresse le cinéaste, comme si pour lui  le mystère d’un tel acte ne pouvait, par essence, être élucidé.

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Les personnages perdent progressivement leur innocence jusqu’au moment de la fusillade, c’est ce qui la rend aussi choquante. C’est cette mort imminente, prête à frapper et cette issue fatale, dont on a conscience dès le début du film et qui pourtant nous surprend, qui donnent à ce long-métrage une dimension « perturbante » (avec toutes les réserves que cela implique). Au final, « Elephant » se démarque de sa source d’inspiration, l’ «Elephant » d’Alan Clarke qui nous présente une succession de meurtres inexpliqués suivis de long plans sur les cadavres. Un déchaînement de violence implacable et froid loin de l’empathie que provoque le film de Gus Van Sant. Ce qui en fait un chef d’œuvre.

 

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