Ne touchez pas la hache

Publié le par Alban

 Bonjour à tous !

Voici la critique du nouveau film de Jacque Rivette : "Ne touchez pas la hache". Présentation.


Synopsis : Armand de Montriveau, général français, débarque dans une île espagnole lors de l'expédition française pour rétablir l'autorité de Ferdinand VII. C'est dans le monastère qu'abrite cette île qu'il découvre que soeur Thérèse est la femme qu'il recherche depuis cinq ans. Il obtient l'autorisation de la voir en présence de la mère supérieure. Cinq ans plus tôt... L'histoire se passe sous la Restauration. Dès leur première rencontre, le général Armand de Montriveau tombe follement amoureux de Antoinette de Navarreins, coquette parisienne et épouse du duc de Langeais. Cette dernière s'amuse à le séduire mais se refuse à lui. Comprenant que la duchesse manoeuvre et ne cèdera jamais, Montriveau décide d'ignorer son aimée et d'organiser sa vengeance...

Ambitieux. Tel pouvait être qualifié le nouveau projet du réalisateur de "La belle noiseuse". Il faut dire qu'adapter Balzac à l'écran n'est pas un exercice facile. Force est de constater que malgré les difficultés qui pouvaient se poser, Jacques Rivette, grand metteur en scène français, réussit ici un tour de force. Il adapte ainsi un roman de Balzac intitulé "La duchesse de Langeais" dont le titre originel était "Ne touchez pas la hache". D'où le titre du film. Du roman Rivette a un grand respect et en a conservé (avec ses scénaristes bien sûr) une structure très littéraire qui se traduit par la présence de nombreux intertitres parfois assez long qui sont majoritairement (certains ne le sont pas), tirés du roman d'origine. Ces intertitres lui permettent de faire avancer l'intrigue sans se soucier de changements brusques de temporalité qui se trouvent par-là même justifiés. La littéralité se ressent également dans les dialogues très écrits et donc parfois un peu lourds.

Le film raconte le chassé-croisé amoureux d'un homme et d'une femme. Lui est général et en guerre, Elle est duchesse, coquette et inconstante. Elle est attirée par lui car il a une grande notoriété et ses récits de guerre la divertissent, elle recherche avant tout l'aventure auprès de lui. Montriveau lui tombe amoureux d'elle au premier regard. Général en guerre il voit en elle avant tout une conquête pour laquelle il est prêt à se battre pour finir victorieux. Mais la duchesse est manipulatrice et inconstante, elle se joue de lui et de son amour (ou plutôt sa soif de conquête dirons-nous). Mais les rapports finissent par s'inverser et la duchesse est bientôt prise au piège de son propre jeu. Le film est peut-être situé dans une époque mais on sent sous-jacent une certaine universalité du rapport homme-femme (à travers le point de vue du cinéaste).

Le film est particulièrement intéressant dans son processus narratif qui consiste en sa majeure partie d'un flashback occupant les 2/3 de la narration et situé au centre même. Ainsi, une causalité presque fatale est progressivement instaurée. Le film est long et prend son temps pour se développer et il provoque donc un certain ennui, il faut l'avouer. Mais l'étonnant travail sur la lumière, la précision de la mise en scène et l'interprétation magnifique de Jeanne Balibar et de Guillaume Depardieu (qui transcendent largement leurs personnages, les effaçants presque) placent la barre très haut. Il en résulte un très beau film d'auteur de très haute tenue. Et on n'en demandait pas plus.

Publié dans Critiques de films

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