Les climats

Publié le par Alban

Bonjour à tous,

Voici venu l'heure pour moi de partager avec vous ma critique du nouveau film de Nuri Bylge Ceylan, réalisateur turque, ayant préalablement tourné deux autres long-métrages dont "Uzak" qui avait remporté le Grand prix et un double prix d'interprétation maculine à Cannes en 2003. Quel est le résultat avec ce nouveau film ambitieux qu'est "Les climats"? Une sélection à Cannes 2006 en compétition officielle et des critiques enjouées. Mais qu'en a pensé votre serviteur ? Réponse après la présentation habituelle :


Synopsis : L'homme est fait pour être heureux pour de simples raisons et malheureux pour des raisons encore plus simples - tout comme il est né pour de simples raisons et qu'il meurt pour des raisons plus simples encore... Isa et Bahar sont deux êtres seuls, entraînés par les climats changeants de leur vie intérieure, à la poursuite d'un bonheur qui ne leur appartient plus.

« Les climats » est un film difficile. Difficile à suivre d’abord, évitez d’être trop fatigués où c’est la sieste assurée. Difficile à critiquer tant le film est spécial et enfin difficile de par son sujet. Voilà c’est dit. Et ça fait du bien. Bon maintenons je vais tenter de vous faire part de mes impressions. D’abord il faut savoir que le film est tourné en HD ce qui explique l’étrange spécificité et beauté des images produites. On y retrouve toute la famille Ceylan à l’affiche : du réalisateur lui-même en passant par ses parents et sa femme. Entreprise familiale qui pose certaines questions après visionnage : le réalisateur réalise-t-il son autoportrait ? Ce que l’on ne souhaite pas tant le personnage masculin dépeint ici est un parfait salaud égocentrique.

 

Voilà le vrai sujet des climats : une histoire d’amour, une exploration des rapports hommes /femmes au sein de cette dernière et à une échelle plus universelle. Une relation où les egos se rencontrent, s’entrechoquent et n’en ressortent forcément pas indemnes. Tantôt l’on s’aime, tantôt l’on se déteste dans ce grand jeu pervers de l’amour : je t’aime, moi non plus, et après ? On est ensemble, on se sépare, on se trompe, on se retrouve pour finalement mieux se séparer. Vous l’aurez compris l’ombre d’Antonioni plane sur tout ce film. Ce n’est pas un hasard si l’on y retrouve ses thèmes privilégiés : le rapport homme/femme, l’ennui, le vide et sa contemplation, l’abstraction. A nous spectateur d’assister impuissants à la lente dissolution de ce couple qui s’effrite et termine à l’image du lieu où ils se trouvent ironiquement en début de film : en ruines. L’interprétation est bonne voire même très bonne, le réalisateur et sa femme Ebru Ceylan (d’une beauté rare et troublante) réussissant parfois à nous captiver en un regard, une émotion, un moment fugace volé au temps qui passe.

 

« Les climats » est un film beau, où l’on voit défiler les saisons en parallèle des différents états de notre couple de protagonistes. Un film où la lumière est toujours très travaillée, où la mise en scène brillante est un choc de chaque instant, le réalisateur jouant sur l’illusion comme dans ce moment magique où l’on croit le personnage seul, « répétant son texte » en vue de la rupture alors que sa femme se tient tout juste derrière lui et réagit. Surprise de chaque instant et pourtant l’ennui s’empare de nous peu à peu telle une gangrène s’attaquant de pair au couple également. La faute à la discontinuité et à l’inégalité dans le rythme du film, à ces moments vides un peu trop présents, à ces répétitions de scènes, de mêmes idées. On sent malheureusement toute la limite du sujet ici et les 1h37 semblent passer à 2H30 ce qui se révèle être gênant. Il en reste que les qualités sont nombreuses et que « les climats » est un film à part qui vaut largement la peine de se déplacer. En effet, il possède bien des qualités dont sont dépourvus la plupart des films sortant en salles en ce moment. Un bon cru qui aurait mérité à être moins brouillon.



Publié dans Critiques de films

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moun 25/01/2007 08:34

Trés bonne critique. Bisous.