Bamako

Publié le par Alban

Hello !

Voici donc le deuxième article de de diptyque : celui qui concerne Bamako. Petite présentation avant de faire une critique rapide.


Synopsis : Melé est chanteuse dans un bar, son mari Chaka est sans travail, leur couple se déchire...Dans la cour de la maison qu'ils partagent avec d'autres familles, un tribunal a été installé.Des représentants de la société civile africaine ont engagé une procédure judiciaire contre la Banque mondiale et le FMI qu'ils jugent responsables du drame qui secoue l'Afrique.Entre plaidoiries et témoignages, la vie continue dans la cour.Chaka semble indifférent à cette volonté inédite de l'Afrique de réclamer ses droits...

Bamako est un film noble. Quand on sait combien il est dur de financer un film en Afrique, nous ne pouvons que féliciter son auteur. Mais ce film est essentiel. En effet, son auteur nosu plonge en plein coeur d'un village africain et donne la parole en tribune libre au peuple africain devant une cour jugeant le FMI et la banque mondiale, accusés d'être les acteurs principaux du non développement de l'Afrique. Ce qui bouleverse dans ce film c'est le terrible constat qui nous est présenté et les informations divulgués, qui ont souvent été ignorées ou passées sous silence. On en apprend des belles. C'est ce qui fait de Bamako un film essentiel : Sissako nous montre que l'Afrique a pleinement conscience de ce qui arrive et qu'elle n'est pas dupe vis à vis du Nord et de l'exploitation (à mettre en droite ligne avec l'esclavage...) qu'ils font du pays. Car le profit est bien unilatéral.

Au fil des témoignages nous assistons aux scènes de la vie quotidienne du village. Avec ses drames, ses joies mais surtout ses peines. L'émotion est toujours à fleur de peau notamment lors de certains témoignages m'ayant marqués comme celui d'un ancien instituteur appellé à la barre et qui tout simplement garde le silence. Un témoignage certes muet mais lourd de sens. Ou on pense aussi à ce vieil homme se levant et chantant (sans sous-titres) les malheurs de son pays. Pas besoin de traduction pour ressentir toute l'émotion contenue dans ce chant.

Sissako réussit un tour de force avec ce film. Avec une belle mise en abyme (la cour installée dans la cour...) il traduit au mieux les peines de l'Afrique et son exploitation par les pays du Nord. Mais rien de manichéen bien au contraire, il se contente de faire éclater la vérité au grand jour, réveillant les blessures de l'Afrique qui n'ont jamais été vraiment cicatrisées. Ainsi il nous montre le long chemin qu'il reste à l'Afrique pour se reconstruire. L'absence de verdict renforce l'idée que cette comparution et donc cette exploitation ne cessera jamais. Avec sa réalisation épurée, proche du docu-fiction et ses témoins qui sont de véritables citoyens africains et non des acteurs professionnels, Sissako dresse un portrait consternant de la situation en Afrique.

Le seul point négatif serait peut être alors la longueur du film (2h) qui se répète parfois et est à deux doigts de diluer son sujet. Ce qui donne un moment creux au milieu du film où l'on s'ennuie relativement, le film retrouvant toute sa force vers la fin lors de la plaidoirie des 2 avocats. Bamako n'est pas un film facile ni divertissant mais un film proche du documentaire dressant un portrait de l'Afrique moderne qui est loin d'être naïve. On espère que cela fera bouger les choses même si au fond on a le sentiment que rien ne changera jamais.

Publié dans Critiques de films

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Vincent 05/11/2006 19:02

Dur de faire une critique sur ce film, n'est ce pas ? Néanmoins, la tienne est très juste. Toutefois, comme le dit Sergvolant (commentaire ci-dessus), Bamako est plus qu'un procès : en prenant pour décor l'agitation d'un village le réalisateur illustre son propos et lie la parole aux images. Mis à part, je suis aussi d'accord en ce qui concerne la durée du film...

Sergvolant 03/11/2006 00:32

Pas d'accord sur le docu-fiction, mais sur le reste oui. La force, à mon sens, de ce film, est d'être réellement du cinéma. Il va beaucoup plus loin que ce que l'on peut en dire en parlant de procès, de documentaire sur l'Afrique, etc.Cordialement.