Compte-rendu du 11ème festival du film asiatique de Deauville

Publié le par Alban

Bonjour à tous !

 

La 11ème édition du festival du film asiatique de Deauville se déroulait du 11 au 15 mars derniers. Une édition placée sous le signe du pessimisme, du flash-back et des pleurs à laquelle j’ai eu la chance de me rendre du vendredi 13 au Dimanche 15 pour assister à pas moins de 9 projections.

 

Voici mon compte-rendu jour à jour de cette courte, mais intense, épopée dans le Calvados !

 

Jour 1

Arrivée en gare de Trouville-Deauville et sprint endiablé jusqu’au cinéma du casino où je peux assister de justesse (grâce à Pierre qui a convaincu le gentil portier de nous laisser rentrer) à ma première projection, à savoir le film Thaïlandais Fireball de Thanakorn Pongsuwan qui concourt dans la sélection « Action Asia ». Verdict ? Aucune surprise de la part de ce film de baston décérébré, filmé à l’arrache en caméra portée (ou plutôt « baladée ») mais un bon plaisir coupable.

1) Fireball

Le film conte l’histoire de la vengeance d’un homme dont le frère jumeau est dans le coma après avoir participé à un tournoi de fireball, un jeu violent dérivé du basketball qui est organisé clandestinement par des bandes de criminels. Au programme scènes de bastons plus ou moins spectaculaires où l’on cogne dur à l’aide de divers objets. Une glorification de la castagne à la Ong-Bak qui n’est pas déplaisante. Reste que le film s’embourbe dans des scènes d’émotions naïves et ratées servies par un emploi de la musique prodigieusement burlesque : 3 notes de piano dans un moment dramatique et un chant religieux porté par des chœurs lors de l’apparition du grand méchant ou du héros salvateur.

On se souviendra aussi d’un personnage noir de peau qui ne sert à rien si ce n’est pousser un cri aigu déchirant lors du décès d’un personnage et à ajouter une belle touche de racisme ambiant. On passera aussi sur le jeu des comédiens qui froncent étonnamment bien des sourcils pour défier leurs adversaires ou montrer qu’ils souffrent physiquement ou psychologiquement. A ce stade, franchement, il vaut mieux en rire. Et du coup, curieusement on passe un bon moment. Fireball ? Un film crétin mais jouissif. C’est déjà ça de pris.

2) The Moss

Après une courte pause de 10min j’enchaîne avec un autre film de la sélection « Action Asia ». Cette fois il s’agit d’un film Hong-Kongais réalisé par Derek Kwok et intitulé The Moss. C’est un polar brutal et noir qui se déroule à Shamshuipo, une ville gangrénée par le crime depuis toujours. On y suit le parcours croisé et souvent tragique de policiers corrompus, de prostitués sans papiers, d’étranges assassins ou bien encore de membres des triades. Après une séquence d’ouverture réussie qui nous plonge dans l’ambiance, le film s’enlise assez vite dans un portrait crasseux et assez insipide de la ville où évoluent les différents protagonistes.

Au final, le scénario n’est presque qu’un prétexte à exposer cette noirceur et cette dérive tout en l’agrémentant de scènes violentes dont une tuerie finale, véritable boucherie jouissive de près de 20 minutes. Restent quelques moments de grâce qui transparaissent notamment au travers d’une histoire entre une petite fille et un mendiant tueur à gages. A noter : une séquence hilarante au générique de fin qui boucle la boucle (à savoir l’incident déclencheur de toute cette violence et la conclusion de cette dernière) en nous amenant à nous poser la fatidique question suivante : Tout ça pour ça ? Honnêtement on en attendait un peu plus et surtout un peu mieux.

Jour 2

Pas moins de 5 films prévus ce jour-là, dont trois sont en compétition officielle. On commence justement avec l’un d’eux : Claustrophobia film Hong-Kongais de Ivy Ho.

3) Claustrophobia

Le synopsis nous laissait présager un thriller sensuel ou un polar sous tension… mais en fait il n’en est rien. Il s’agit d’une sorte de comédie dramatique construite sur une succession de flash-back (1 mois plus tôt, 2 mois plus tôt etc…) et qui met en lumière rétrospectivement, l’impossibilité d’un amour intra-professionnel entre une employée de bureau et son patron. Comme le titre nous l’indique il s’agit bien ici de claustrophobie car tous les personnages évoluent dans des espaces intérieurs ou extérieurs clos, sans échappatoire, enfermés, à l’image de poissons rouges qui se tapent contre les bords de leur aquarium, trop petit, et sur lesquels la réalisatrice insistera lors d’un segment. Cette dernière poussera le vice jusqu’à créer une claustrophobie sonore, beau procédé de mise en scène qui est malheureusement gâché par un malheureux faux raccord…

Le premier segment du film laissait pourtant présager du meilleur : tout se passe dans l’espace réduit d’une voiture et une tension sous-jacente est sans cesse maintenue par l’emploi notamment de prolepses par métaphore (comprendre par là d’éléments annonciateurs de quelque chose, ici un danger) : un feu rouge grillé, un accident de voiture… autant d’accidents de parcours qui reflètent aussi la limite que les personnages n’arriveront jamais à franchir, enfermés dans leur carcan social, personnel et professionnel. Mais très vite, le film s’essouffle au gré des divers flashbacks, répétitifs, au nombre de sept exactement. Au final, Claustrophobia est un film troublant dont je ne sais toujours pas quoi réellement penser. Il mérite probablement une seconde vision pour s’en forger une opinion définitive.

4) Members of the funeral

A peine le temps de se remettre du film précédent que me voilà présent à la projection d’un film coréen, présenté en compétition : Members of the funeral réalisé par Seung-Bin Baek. Grosse attente par rapport à ce film, présenté dans la section Forum du dernier festival de Berlin et grosse déception à l’arrivée… Le film raconte l’histoire d’une famille, composée d'un père, d'une mère et de leur fille, qui se retrouve aux obsèques d'un jeune garçon. Ils ignorent la nature de la relation que chacun d'entre eux entretenait avec le défunt et sont aussi les personnages principaux d'un livre écrit par le défunt avant de mourir.

Que dire si ce n’est que le film déçoit. Après son premier chapitre qui met en haleine le spectateur, le réalisateur nous perd et se perd dans une vaine succession de mise en abymes innombrables qui opacifient le sens du récit. On est donc très vite perdu et l’on s’ennuie ferme devant une telle prétention et un scénario aussi intellectualiste qu’hermétique. Reste quelques moments de grâce et de bonnes idées doublées d’un humour noir jouissif parfois grinçant, ce qui ne suffit malheureusement pas à sauver le film du naufrage.

5) My dear enemy

Film présenté dans le cadre de la rétrospective consacrée au cinéaste coréen Lee Yoon-Ki, My dear enemy raconte l’histoire d’une jeune femme qui retrouve son ex-petit ami pour que celui-ci lui rende une importante somme d’argent prêtée un an plus tôt. Le problème, c’est que celui-ci est totalement fauché. Ils vont donc tenter ensemble de trouver l’argent auprès des connaissances de ce dernier. Et c’est là que les ennuis commencent… Joli road movie au cœur même de Séoul, My dear enemy est un film un peu plus léger que les précédents et surtout bourré de charme.

Cela vaut surtout à la qualité de son interprétation par deux acteurs principaux inspirés, tantôt hilarants, tantôt touchants. On saluera la finesse de l’écriture du scénario qui enchaîne les situations similaires sans jamais toutefois tomber dans le triste écueil de la répétition. Je lui reprocherais juste une certaine lenteur dans son exposition et une durée un peu trop longue, qui fait que le film s’essouffle un peu vers la fin. Il reste tout de même un beau film doux-amer, qui vaut largement le détour. Une bouffée d’air frais en somme.

6) The shaft

Je dois avouer ici qu’une peur fatale de l’ennui m’a emparée à l’idée de visionner The shaft, film chinois de Zhang Chi qui retrace le parcours des trois membres d’une même famille qui n’ont en commun que leur lieu de travail : une mine, seul industrie de leur petit village. Très vite, l’appréhension d’un film ennuyeux et long a laissé place à une vraie surprise et the shaft est finalement devenu mon premier coup de cœur du festival. Comme quoi il ne faut pas avoir trop d’à-priori…

Très vite le film convainc le spectateur par la superbe utilisation de la forme cinématographique dont il fait preuve, qui s’illustre notamment par la maîtrise du cadre.  Ces derniers, toujours remarquablement composés apportent un sens non négligeable au moindre plan qu’il nous ait donné de voir. On frôle ici l’auteurisme abusif mais sans jamais vraiment tomber dans les travers qui peuvent le caractériser. On se laisse alors très vite emporter par l’histoire certes contemplative mais poignante des membres de cette famille qui cherchent à s’épanouir et échapper au lourd héritage (et surtout piège) social qui tente de s’emparer de leur vie.

Il est difficile de parler plus de the shaft, qui reste un film qu’il faut vivre pour mieux ressentir le poids du silence de ses protagonistes. On remarquera avec quel brio le réalisateur arrive à se dégager du pessimisme qui empreint le début du film pour dériver lentement vers une note d’espoir et de bonheur final qui nous touche droit au cœur. The shaft peut alors se résumer à un de ses plans final, à savoir un bus qui se déplace sur une route serpentée, reflet des chemins tortueux que peut nous faire emprunter notre vie, une certaine idée du destin, sombre et lumineux à la fois. On en ressort bouleversé.

7) Yamagata Scream

Direction la séance de minuit pour se changer les idées, une foi de plus grosse attente concernant ce film japonais réalisé par Naoto Takenaka qui met en scène des lycéennes qui doivent affronter des zombies samouraïs… tout un programme ! On s’attendait ici à un déluge d’effets gores et à un humour décapant doublé d’une certaine sensualité par, pourquoi pas, quelques plans en contre-plongée sur les jupes courtes des lycéennes ? Eh bien que nenni ! Les fous pervers que nous sommes auront été bien attrapés ! Très vite la séance commence sous les rires et applaudissements (si si !) car l’ouverture ne laisse présager que du bon en déployant un humour au second (voire même quinzième) degré qui est loin d’être déplaisant. Le tout s’annonce donc déjanté et jouissif. Mais… ce n’était pas le cas et la joie est très vite retombée à notre grand désarroi.

La suite ? On découvre à la place du film burné attendu, une comédie parodique avec des zombies samouraïs bleus qui ressemblent à des schtroumpfs et se battent comme des fillettes, se contentant de dégurgiter un mystérieux liquide bleu sur tout ce qui bouge. Après une heure de projection le film perd tout son rythme, se répète, devient lourd… on ne rit plus et on commence même à s’endormir. Quelle déception… Un film tous publics pour la séance de minuit : on aura tout vu !

Jour 3

Dernier jour de festival… Et deux films à voir avant le départ, nous ratons en effet Departures qui vient de remporter l’oscar du film étranger et nous louperons la cérémonie de clôture pour préférer rentrer plus tôt, dommage ça s’est joué à peu de choses… On se rattrapera sous peu (ou au pire l’année prochaine hein…).

8) All about women

Difficile pour moi de parler du nouveau film de Tsui Hark All about women qui officiait en tant que film de clôture du festival. La raison ? Une séance à 8h30 du matin après une nuit quasi blanche précédée de 10 heures de projection : évidemment je me suis endormi par courts instants malgré le rythme effréné de cette comédie féminine.

Je n’en dirais donc pas grand-chose et me contenterais très lâchement, je l’avoue, de vous faire partager le synopsis que voilà : Arrive enfin le jour où trois jeunes femmes très différentes rencontrent l'homme idéal. Tanglu, habituée à avoir tous les hommes à ses pieds, tombe éperdument amoureuse d'un universitaire qui la rejette... Fanfan séduit les hommes grâce à une technique endoscopique très élaborée. Bien qu'ils couchent avec elle, voudront-ils l'épouser un jour ? Enfin, pour Tieling, l'homme parfait reste un rêve éveillé jusqu'au jour où il apparait en chair et en os...

Je vous renvoie donc sur l’excellent blog de Pierre, qui était un de mes compagnons de parcours durant le festival si vous désirez en savoir un peu plus.

9) All around us

Il aura fallu attendre la fin du festival et la projection du dernier film en compétition All around us du japonais Ryosuke Hashiguchi pour tomber sur LA perle du festival. En effet, le film ne cesse de captiver malgré sa durée de prime abord un peu rebutante (2h20), les scènes excellentes se succèdent avec un sens de l’ellipse et de l’épure rares ce qui mérite amplement d’être souligné. Le film conte  le parcours de Kanao, un dessinateur qui fait des croquis d'audiences au tribunal et qui observe en silence les crimes et scandales les plus médiatisés des années 90 ainsi que le déclin des valeurs japonaises. Chez lui, heureux en mariage, il suit calmement la première grossesse de sa femme. Quand leur enfant meurt, Kanao fait son possible pour soutenir son épouse qui sombre dans la dépression.

Malgré des sujets très durs, on l’aura deviné, ce film ne tombe jamais dans le pathos et est servi par la prestation de deux acteurs principaux absolument prodigieux, jouant sans interruption durant des plans séquence fixes pouvant atteindre quelques dizaines de minutes. Les dialogues sont de ce point de vue absolument remarquables, allant de sujets graves jusqu’à un humour plus primaire et jamais vulgaire, qui en fera sourire plus d’un. De la même manière, le film est parcouru par une mise en scène réglée au millimètre près, et surtout très originale, notamment lorsqu’il s’agit de filmer les scènes de tribunal.

Vous l’aurez compris, il est difficile de pointer les défauts éventuels de ce film, tant il est empreint d’une sensibilité rare. Il nous atteint en plein cœur avec une justesse incroyable. Le réalisateur arrive à capter ce qui fait l’essence d’une vie et du parcours d’un couple au gré de leurs bonheurs comme de leurs malheurs. En ce sens, il pourra évoquer chez certain le brio de Scènes de la vie conjugale de Bergman. Sans conteste le meilleur film du festival et une pépite à visionner ou se procurer de toute urgence.

Palmarès

Et pour terminer, je vous communique le palmarès décerné par les jurys des différentes sections du festival.

Lotus du meilleur film –Grand prix

Breathless (Corée du sud)

Lotus Air France – Prix de la critique internationale

Breathless (Corée du sud)

Lotus du Jury – Prix du Jury ex-aequo


All around us (Japon)

 

The shaft (Chine)

Lotus Action Asia – Grand prix Action Asia

The Chaser (Corée du sud)

Un petit commentaire rapide pour avouer ma joie de voir The shaft et All around us récompensés d’un prix du jury plus que mérité. Concernant Breathless, je ne l’ai malheureusement pas vu et une nouvelle fois vous renvoie sur le site de Pierre pour connaître son avis. Quand à la compétition Action Asia, The Chaser remporte sans difficultés le prix du meilleur film. Je l’avais vu avant mon séjour à Deauville et en pense le plus grand bien, il vient justement de sortir en salles et je vous recommande vivement d’aller le voir.

Voilà, c’est la fin de ce compte-rendu, merci (et bravo !) de l’avoir lu jusqu’au bout si c’est le cas et rendez-vous l’année prochaine pour de nouvelles aventures asiatiques à Deauville !

Publié dans Festivals

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