Essai : Le plaisir de la salle

Publié le par Alban

Bonjour à tous !

 

Je vous proposerais à présent, plus ou moins régulièrement, une série d’articles qui s’apparentent à des essais sur le cinéma. Aujourd’hui, je m’interroge sur le plaisir de la salle de cinéma, sujet contemporain qui est souvent abordé ces derniers temps et qui le fut notamment à l’occasion du dernier festival de Cannes où le film collectif « Chacun son cinéma » en faisait son thème central.

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En effet, à l’heure où la diffusion des films est de plus en plus facilitée et encouragée par le développement de nombreux supports tels que les VHS (désormais factices), DVD, HD-DVD, Blu-Ray, télévision par satellite et autres… et des dispositifs de « Home cinema » (littéralement : « Cinéma à la maison ») et autres rétroprojecteurs dont la qualité ne cesse de s’accroître; on peut se demander quel intérêt on peut encore trouver à aller au cinéma.

 

En effet, réfléchissez-y : celui-ci nous demande de faire l’effort de nous déplacer pour aller voir un film en compagnie d’autres personnes. Pourquoi ne pas rester à la maison, seul, ou en famille afin de regarder un film en toute tranquillité bien installé sur son canapé ? Il n’est donc pas étonnant de voir de plus en plus de personnes arrêter purement et simplement d’aller au cinéma. Je ne suis pas ici pour juger et je ne dirais pas que ces personnes ont tort. Mais je vais tenter dans cet essai de vous exposer ce qui selon moi fait tout le charme et les atouts de la salle de cinéma. Ce qui pour moi la rend (pour le moment du moins) irremplaçable.

 

L’atout principal de la salle de cinéma, en dehors de toute considération technique (sur lesquelles je reviendrais néanmoins un peu plus loin) c’est l’ambiance qui s’y dégage. En cela, le décor possède ici une importance primordiale. C’est bien sûr plus ou moins vrai selon les cinémas mais pensez, amis parisiens, à la grande salle du Rex par exemple… Mais quel qu’il soit, chaque cinéma possède son ambiance, sorte d’atmosphère mystique propre à chaque salle où se déroule un spectacle que l’on considérait, à ses débuts, magique. Magique, l’expérience le reste malgré tout même si désormais n’importe quel spectateur lambda est « formé » même inconsciemment par les images foisonnantes qui l’entoure.

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Malgré cela, bien qu’ayant connaissance de la nature technique du cinéma, chaque spectateur se laisse pourtant transporter à chaque projection, étrange rituel collectif à tendance narcissique. Oui, narcissique, car c’est nous que nous venons voir à travers ce grand rectangle blanc sur lequel est projeté un « simple » faisceau de lumière qui nous dérobe à notre réalité afin de mieux nous plonger dans une autre, que l’on pourrait qualifier d’ « hyper-réelle ». « Plus réel que le réel, c’est ainsi que l’on abolit le réel » disait Baudrillard…

 

Mais revenons-en à l’ambiance. Passé la découverte du décor, vient l’installation dans un fauteuil, confortable, dans lequel le spectateur peut se blottir et se laisser aller, se préparant pour le voyage mental qui va suivre. Le fauteuil apparaît alors comme un cocon protecteur et participe à l’ouverture de l’intérêt du spectateur, je suis même tenté de dire à l’éveil de sa conscience. Car sous son apparence anodine, ce fauteuil nous met déjà en conditions de réception du film. Nous sommes alors plus attentifs que si nous étions chez nous, libres de se déplacer comme bon nous semble et d’interrompre le film à convenance.

 

Les lumières s’éteignent alors progressivement (ou brutalement… Tout dépend une nouvelle fois de la salle dans laquelle vous vous trouvez) et le voyage peut alors commencer. On glisse ainsi petit à petit dans un autre univers… un univers que l’on serait tenté de qualifier d’onirique même si là n’est pas son essence. Car le cinéma, de par sa nature, se rapproche du rêve. On y rêve les yeux ouverts, bercés par un processus se rapprochant de l’hypnose.

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Mais aller au cinéma, c’est aussi se retrouver dans une salle avec des inconnus et partager avec eux une expérience collective qui malgré son statut reproductible est pour chacun unique. Par ailleurs, comme Roland Barthes le soulignait dans son essai « En sortant du cinéma » ce partage à quelque chose d’ « érotique » car c’est une expérience qui est paradoxalement intime et collective à la fois. Je vous invite à vous reporter à ce texte pour explorer cette théorie plus en détails.

 

Enfin, comment parler de la salle de cinéma sans parler des conditions de projection proprement dites. Tout y contribue à une immersion totale dans la diégèse du film projeté : son environnant, pour ne pas dire enveloppant, et puissant qui nous plonge dans l’univers sonore du film et cette toile géante offerte à nos regards et sur laquelle peuvent se matérialiser nos rêves les plus fous. Autant de choses que le « home cinema » est encore loin d’égaler.


Mais il est vrai que la salle de cinéma possède aussi ses désagréments… Qui n’a pas été gêné par des spectateurs intempestifs qui se mettent à téléphoner en pleine séance, à parler tout le long du film à voix haute, à manger du pop-corn ou des bonbons de façon bruyante ?… Mais cela fait aussi partie intégrante de l’expérience de la salle et contribue à sa spécificité (Même si ça agace c’est vrai).

 

Vous l’aurez donc compris : à l’image des êtres humains, chaque séance et chaque salle de cinéma se ressemble tout en revêtant un caractère unique. Et c’est, entre autres, pour cela que le Septième Art n’est pas prêt de rendre l’âme… pour notre plus grand plaisir de spectateur.

Publié dans Essais

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Jojo 30/07/2007 11:27

A la fin de ton article, on soupir en se disant : "Pourvu que ce soit vrai!"
Imaginez donc, un monde sans cinéma... Aaaaah!! Ce serait pire qu'un monde sans chocolat!!!