Le scaphandre et le papillon

Publié le par Alban

Bonjour à tous !

 

Poursuite des critiques « cannoises » avec « Le scaphandre et le papillon » de Julian Schnabel, qui je vous le rappelle a remporté le prix de la mise en scène à l’occasion des 60 ans du festival.

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Synopsis : Le 8 décembre 1995, un accident vasculaire brutal a plongé Jean-Dominique Bauby, journaliste et père de deux enfants, dans un coma profond. Quand il en sortit, toutes ses fonctions motrices étaient détériorées. Atteint de ce que la médecine appelle le "locked-in syndrome", il ne pouvait plus bouger, parler ni même respirer sans assistance.
Dans ce corps inerte, seul un oeil bouge. Cet oeil, devient son lien avec le monde, avec les autres, avec la vie. Il cligne une fois pour dire "oui", deux fois pour dire "non". Avec son oeil, il arrête l'attention de son visiteur sur les lettres de l'alphabet qu'on lui dicte et forme des mots, des phrases, des pages entières... Avec son oeil, il écrit ce livre, Le Scaphandre et le papillon, dont chaque matin pendant des semaines, il a mémorisé les phrases avant de les dicter...

Dire que « Le scaphandre et le papillon » était très attendu serait un euphémisme. A vrai dire on se demandait même comment un tel roman pouvait être adapté tant son sujet était par convention anti-cinématographique : Comment, en effet, raconter l’histoire d’un homme prisonnier de son corps après une attaque cérébrale ? Et c’est pourtant le défi que Julian Schnabel a réussi à relever et non sans un certain brio. Ainsi, le film est un modèle d’audace visuelle.

 

Le film débute par une vue subjective de Jean-Dominique ou « Jean-Do » comme l’appelleront progressivement tout le personnel soignant.  De suiten l’audace formelle est posée : nous sommes prisonniers du corps de Jean-Dominique et découvrons sa situation en même temps qu’il découvre tragiquement la sienne. On assiste donc à son réveil, plongé dans une image floue redondante, parfois agaçante qu’arrive parfois à faire oublier la voix off de Mathieu Amalric qui s’applique à traduire les pensées de son personnage. Même si ce (long) passage de 30 minutes en caméra subjective pourra agacer un peu ou du moins perturber voire même être éprouvant (voir la séquence où on lui coud l’œil, très impressionnante et pouvant choquer les âmes sensibles), il serait bien bête de ne pas maintenir son attention en vue de ce qui suit.

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C’est ainsi que dès le début nous sommes entièrement solidarisés avec Jean-Dominique Bauby. Nous vivons (par procuration et écran interposé bien évidemment) sa situation ce qui crée de suite un fort sentiment d’empathie envers cet homme à qui tout souriait et qui voit sa vie chamboulée en un instant. On peut donc à ce point s’attendre à voir une autre de ses craintes de pré-visionnage se confirmer, c'est-à-dire voir le film sombrer lentement dans le pathos, le tire-larmes ou le mélodrame larmoyant. Cependant, il n’en est rien. Alors oui le film est émouvant mais cela naît des situations. Chacune des séquences renvoie ainsi chaque spectateur à des moments qu’il a pu vivre dans sa propre vie ce qui rend le film d’autant plus bouleversant.

 

La narration est très originale, naviguant entre présent et passé, s’autorisant des allers et venues dans la mémoire et l’imaginaire de Jean-Do qui y voit son « papillon », seul moyen pour lui de s’échapper, même brièvement, de son « scaphandre ». Image poétique qui traversera à plusieurs reprises le film accompagnée par une formidable bande originale. Jean-Do, incarné par un Mathieu Amalric stupéfiant, revit certains moments de sa vie, s’offrant un retour sur sa vie, ses joies, ses peines, ses réussites et ses échecs. Ceci ne le rend que plus humain. Ces « voyages », lui permettent de garder espoir et lui permettent de puiser en lui la force de se battre, de continuer, d’écrire le livre dont nous assistons à la transposition cinématographique par le biais d’une ingénieuse mise en abyme.

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Je ne peux m’empêcher de répéter une nouvelle fois que Mathieu Amalric est ici incroyable et livre une prestation spectaculaire mais il ne faut en aucun cas oublier le casting qui l’entoure et notamment les rôles féminins tenus par Marie-Josée Croze, Marina Hands, Emmanuelle Seigner, Anne Consigny et Olatz Lopez Garmendia toutes formidables. Côté masculin Isaach de Bankolé est tout simplement génial et Max Von Sydow (mais oui souvenez vous un des acteurs fétiches de Bergman) provoquera plus d’un torrent de larmes lors de ce que je considère comme la scène la plus émouvante du film.

 

Aucun doute, nous avons beaucoup de choses à apprendre de Jean-Dominique Bauby et notamment de son courage et sa volonté. Et même si le sujet n’est pas abordé de plein front, mais parcours plutôt le film en filigrane, on ne peut s’empêcher de penser à l’euthanasie et au débat que cet acte provoque. Toujours est-il que « Le scaphandre et le papillon » est un film magnifique et très émouvant qui donne une belle leçon de vie et de courage. On en ressort changé, conscient d’avoir vécu un moment hors normes. Une réussite.

 

 

Note : 4/5

 

Le scaphandre et le papillon est un film hors normes, qui innove aussi bien sur le fond que sur la forme. Un beau prix de la mise en scène, amplement mérité et une formidable ode à la vie qui vous accompagnera longtemps après la fin de sa projection.

Publié dans Critiques de films

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Vaga 23/06/2007 13:01

Salut alban !

Effectivement, ce film est très émouvant, j'étais carément capté par le film pendant certaines scènes que je m'étais assis les coudes sur les genoux ... Exceptionnel Mathieu Amalric, et très bien mis en scène ! J'ai laissé coulé une larme après le flashback de son accident dans la voiture ...

moun 06/06/2007 08:16

Je vais aller le voir car tout le monde là trouvé super et émouvant mais il passe qu'aux quais pas de bol. Bisous.

Jojo 04/06/2007 22:18

Je suis entièrement d'accord avec ce que tu as dit... alors je voulais juste ajouter aux cinéphiles que passer à côté de ce film serait passer à côté d'une merveille, une poésie de soufrances qui nous aide à mieux tenir debout.