Still life

Publié le par Alban

Bonjour à tous !

Voici l'article du jour : la critique de Still life de Jia Zhang-Ke.

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Synopsis : Chine. Ville de Fengje en amont du barrage des Trois Gorges. San Ming fait le voyage dans la région pour retrouver son ex-femme et sa fille qu'il n'a pas vu depuis seize ans. Dans la même ville, une femme, Shen Hong, cherche son mari disparu depuis deux ans. Là où la construction du gigantesque barrage des Trois Gorges a pour conséquence la destruction de villages entiers et les déplacements de population, deux quêtes amoureuses s'enlacent, deux histoires qui se construisent et se déconstruisent au cœur d’une ville bientôt engloutie.

Telle est l’histoire de “Still life”, cinquième long-métrage de Jia Zhang-Ke, qui a remporté le Lion d’or à la Mostra de Venise cette année. « Still life » signifie nature morte et ce titre prend toute son ampleur à la vision du film. Jia Zhang-Ke joue avec la notion de temps. D’abord dans la durée des plans, souvent longs, qui donnent au film une dimension contemplative. Au sein de ces plans, les personnages restent fixes, prisonniers d’un paysage gris, presque sans vie, comme insensibles au temps qui s’écoule lentement à l’image de l’eau qui engloutit progressivement la ville.

 

L’eau revêt ici une dimension symbolique : d’une part elle engloutit le passé de San Ming en même temps qu’elle engloutit la ville. D’autre part Shen Hong en boit au début de chaque séquence où elle apparaît, l’eau apparaît donc également comme un élément de vie, de régénération et de renouveau. En fait, les personnages sont noyés dans le changement dû au développement économique, ils sont victimes d’un progrès inévitable et bien trop rapide qu’ils se peuvent que subir, prisonniers de son flot.


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Les personnages n’arrivent d’ailleurs pas à communiquer entre eux malgré les nombreux moyens à leur disposition (tout le monde possède un portable, un pont est construit pour relier les deux rives…). La situation a un côté irréel que le cinéaste renforce par l’utilisation de quelques effets spéciaux, en faisant par exemple décoller un immeuble se transformant, pour un plan, en fusée.

 

La société est donc victime de son avancée économique trop rapide, qui la dépasse et dans laquelle l’argent a une place trop importante : un billet sert de repère géographique, les arnaques se multiplient (voir le spectacle de magie sur le bateau), tout se négocie et a un prix. Cependant, une certaine poésie se dégage de l’œuvre, plus particulièrement dans certaines séquences comme par exemple celle où Shen Hong danse une valse avec son mari qu’elle vient de retrouver.


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Tout au long du film, le nom de certains objets apparaît à l’écran : bonbons, cigarettes, vin et thé. Ceci les apparente à des natures mortes, comme si ils étaient des vestiges du monde qui va être englouti. Mais ces objets servent aussi à enfin rassembler les gens, à recréer des moments de partage entre eux à l’image de cette séquence où les ouvriers réunis mangent, boivent et fument ensemble au moment où San Ming décide de quitter la ville. Au moment où il part, dans le plan final, San ming contemple un homme en équilibre sur un câble reliant deux immeubles, véritable symbole de la société chinoise que s’attache à décrire le cinéaste c’est à dire partagée entre passé et avenir, entre conservation et progrès, en équilibre sur le fil d’un présent incertain.

Note : 4/5

Still life est un film contemplatif et engagé, qui dresse un portrait de la société chinoise actuelle. Sa complexité, son rythme lent et hypnotique en rebutera probablement quelques uns. Il n'en reste pas moins un grand film.

Publié dans Critiques de films

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