Très bien, merci

Publié le par Alban

Bonjour à tous,

Voici l'article du jour. Pas de news cannoises aujourd'hui je regrouperais le tout un peu plus tard car je suis overbooké (comprendre totalement dépassé) par la masse de boulot qu'on nous a filé...

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Synopsis : Alex, comptable, et Béatrice, chauffeur de taxi, forment un couple sans histoires. Mais un soir, Alex se mêle au travail de la police lors d'un contrôle d'identité. Un engrenage implacable et absurde se met alors en marche : il se retrouve au poste, au chômage, et en clinique psychiatrique. Sauf que les fous, ici, ne sont pas ceux qu'on croit...

Ainsi se présente le synopsis du deuxième long-métrage de Emmanuelle Cuau dans lequel elle s’attaque à un sujet délicat, bien que d’actualité, et à tendance plutôt préoccupante. En effet, la réalisatrice s’applique à y dresser un portrait de la société française, donner son point de vue sur l’état actuel de cette dernière et de son fonctionnement.

« Très bien merci » est un film assez surprenant. Ce qui interpelle ici, c’est surtout la trajectoire choisie par son personnage principal Alex : il se révolte soudain contre l’indifférence citoyenne qui nous concerne plus ou moins tous. Ainsi, en voulant faire valoir ses droits il se retrouve pris au piège dans une succession d’évènements absurdes qui font écho à l’œuvre de Kafka et notamment au personnage de Joseph dans « Le procès ». Mais cela se ressent plus dans la première partie du film que dans son dénouement qui forme une rupture dans cette logique de comparaison.


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Le scénario et ses situations appellent à l’absurde et pourraient avoir abouti sur un film à teneur plus comique si la cinéaste ne l’avait pas traité avec une distance et une froideur implacable qui aboutit à la formation d’un vague sentiment permanent de malaise. On rit certes mais plutôt d’un rire forcé que véritablement franc. On peut ainsi reprocher au film d’être trop démonstratif dans l’enchaînement parfois trop causa de ses évènements. Mais on peut le comprendre en se rapprochant de la démarche de la cinéaste qui est d’insister sur cet engrenage absurde qui sied au sein de la société.

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Sans cesse au long du film, les personnages impliqués revendiquent leurs droits et cherchent à les faire valoir ayant pour cela recours à des phrases courtes, assassines et conclusives (exemple : « Est-ce que je vous dis comment faire votre travail moi ? Chacun sa place » réplique froidement la secrétaire médicale à Béatrice.) Mais au final, la morale du film est cynique car totalement amorale. En effet, c’est en outrepassant la loi que le personnage d’Alex (qui était jusqu’ici intègre et droit, ce qui ne lui a apporté que des ennuis), retrouve sa situation de départ mais dans une conformation améliorée.

Ainsi dans la société décrite par Emmanuelle Cuau, l’honnêteté ne paye pas au contraire de la tricherie et de l’illégalité. C’est en se jouant des règles de ce système pour mieux les déjouer que l’on finit par s’en sortir. En ce sens le film revêt un caractère cynique et plutôt visionnaire à la lecture des évènements récents. Bienvenue dans la France d’aujourd’hui et à fortiori dans celle d’après : n’est-ce pas majoritairement comme cela que les choses se passent actuellement ?


Note : 3/5

Le film d'Emmanuelle Cuau était en quelque sorte visionnaire et est sorti dans une période propice à sa mise en parallèle de l'actualité. Un film efficace bien que parfois un peu trop démonstratif mais porté par des acteurs inspirés et impliqués.

Publié dans Critiques de films

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